Abus de confiance en droit belge : peines encourues
En droit belge, l’abus de confiance consiste à détourner ou à dissiper frauduleusement, au préjudice d’autrui, un bien mobilier ayant une valeur économique qui avait été confié à condition de le rendre ou d’en faire un usage déterminé. Cette infraction est punie d’une peine de niveau 3, qui peut notamment prendre la forme d’un emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans au plus. La victime peut également demander réparation du préjudice subi. Si vous êtes victime ou mis en cause, un avocat en droit pénal peut vous aider à comprendre les démarches et les conséquences de la procédure.

Qu’est-ce que l’abus de confiance ?
L’abus de confiance est défini par l’article 475 du Code pénal belge. Il consiste à détourner ou à dissiper frauduleusement, au préjudice d’autrui, un bien mobilier ayant une valeur économique qui avait été remis à l’auteur à la condition :
- de le rendre ;
- d’en faire un usage ou un emploi déterminé.
Quelles sont les conditions de l’abus de confiance ?
Pour qu’un abus de confiance soit constitué, plusieurs éléments doivent être réunis :
- La remise d’un bien : un bien mobilier ayant une valeur économique doit avoir été confié à l’auteur.
- Une obligation déterminée : le bien doit avoir été remis à la condition de le rendre ou d’en faire un usage ou un emploi précis.
- Un détournement ou une dissipation frauduleuse : l’auteur doit avoir utilisé le bien contrairement à sa destination ou en avoir disposé frauduleusement.
- Un préjudice : le détournement ou la dissipation doit avoir été commis au préjudice d’autrui.
Un simple désaccord concernant un bien ou son utilisation ne suffit pas nécessairement à caractériser un abus de confiance. Les différents éléments prévus par le Code pénal doivent être réunis.
Quelles sont les sanctions prévues pour l’abus de confiance ?
L’article 475 du Code pénal punit l’abus de confiance d’une peine de niveau 3.
Pour une personne physique, cette peine peut notamment prendre la forme :
- d’un emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans au plus ;
- dans les conditions prévues par le Code pénal, d’un traitement sous privation de liberté de plus de deux ans à quatre ans au plus.
Lorsqu’une peine principale de niveau 3 est prononcée, le juge peut également infliger une amende accessoire de 200 à 10 000 euros.
En présence de circonstances atténuantes :
- la peine de niveau 3 peut être remplacée par une peine de niveau 2 ;
- elle peut également être remplacée par une peine de niveau 1 dans les conditions prévues par le Code pénal.
Le Code pénal ne prévoit pas de forme aggravée propre à l’abus de confiance. Toutefois :
- la qualité de l’auteur ou la vulnérabilité de la victime peuvent être prises en considération par le juge lors de la détermination de la peine ;
- l’abus de la vulnérabilité d’une personne pour lui faire souscrire un engagement préjudiciable peut relever de l’infraction distincte prévue à l’article 477 du Code pénal.
L’abus de confiance peut également avoir des conséquences civiles. La victime peut demander réparation de son préjudice et, selon les circonstances, obtenir la restitution des biens ou des fonds concernés.
La peine effectivement prononcée dépend des circonstances de l’affaire et de l’appréciation du juge. Pour les faits commis avant le 1er septembre 2026, il faut également tenir compte de la règle selon laquelle les dispositions pénales les plus favorables à l’auteur s’appliquent.
Quelles sont les défenses possibles pour la personne mise en cause ?
La personne mise en cause peut contester les éléments qui permettent de caractériser l’abus de confiance.
Elle peut notamment :
- contester le caractère frauduleux des faits : elle peut soutenir qu’elle n’avait pas l’intention de détourner ou de dissiper frauduleusement le bien ;
- invoquer une erreur de bonne foi : elle peut expliquer qu’elle avait mal compris les conditions dans lesquelles le bien lui avait été remis ;
- contester les conditions de la remise : elle peut notamment remettre en cause l’existence d’une obligation de restitution ou d’un usage déterminé ;
- contester l’existence du détournement ou de la dissipation : par exemple, si le bien a été utilisé conformément à ce qui avait été convenu ;
- contester l’existence ou l’étendue du préjudice invoqué ;
- restituer le bien ou les fonds concernés : cette restitution peut être prise en compte, mais elle ne fait pas disparaître à elle seule une infraction déjà constituée.
La restitution du bien ou des fonds n’efface pas automatiquement l’infraction. Les circonstances de cette restitution peuvent néanmoins être prises en considération dans l’appréciation de la situation et, le cas échéant, dans la détermination de la peine.
Quelle est la procédure à suivre en cas d’abus de confiance ?
Une personne qui estime être victime d’un abus de confiance peut signaler les faits aux autorités et entreprendre les démarches nécessaires pour faire valoir ses droits.
La procédure peut notamment comprendre les étapes suivantes :
- Rassembler les éléments utiles : contrats, échanges, justificatifs de remise du bien et tout autre document permettant d’établir les faits.
- Déposer plainte : la victime peut signaler les faits à la police.
- Enquête : les autorités peuvent procéder aux vérifications et investigations nécessaires.
- Poursuites : selon les éléments recueillis et les décisions prises dans le cadre de la procédure, l’affaire peut être portée devant la juridiction compétente.
- Réparation du préjudice : la victime peut également faire valoir ses droits sur le plan civil afin d’obtenir réparation.
Les démarches pénales et civiles n’ont pas exactement le même objectif. La procédure pénale vise notamment à déterminer si une infraction a été commise et à établir les responsabilités pénales, tandis que l’action civile permet à la victime de demander réparation du préjudice subi.
Comment prévenir l’abus de confiance ?
Les entreprises peuvent mettre en place plusieurs mesures pour limiter les risques liés à la remise ou à la gestion de biens et de fonds :
- Prévoir des contrats clairs : les conditions de remise, de restitution et d’utilisation des biens doivent être définies précisément.
- Formaliser les responsabilités : les personnes chargées de gérer les biens ou les fonds doivent connaître clairement leurs obligations.
- Mettre en place des procédures internes : des règles de contrôle peuvent encadrer la gestion et les mouvements de biens ou de fonds.
- Conserver les justificatifs : les documents permettant de retracer les remises, utilisations et restitutions doivent être conservés.
- Encadrer les autorisations : les pouvoirs permettant d’utiliser ou de transférer des biens ou des fonds doivent être clairement définis.
- Sensibiliser les personnes concernées : les collaborateurs chargés de gérer des biens ou des fonds doivent connaître les règles applicables.
Des procédures internes claires et des documents précis permettent de limiter les malentendus, mais aussi de mieux établir les faits lorsqu’un litige survient.
Comment un avocat peut-il intervenir en cas d’abus de confiance ?
Un avocat en droit pénal peut intervenir aussi bien auprès de la victime que de la personne mise en cause. Son rôle dépend du stade de la procédure et des faits reprochés.
Il peut notamment :
- analyser les faits pour déterminer si les éléments constitutifs de l’abus de confiance sont réunis ;
- examiner les preuves disponibles, comme les contrats, échanges, justificatifs de remise du bien ou mouvements de fonds ;
- aider la victime à préparer sa plainte et à présenter les faits de manière claire et documentée ;
- conseiller la personne mise en cause sur les arguments permettant de contester, selon le cas, le caractère frauduleux du comportement, les conditions de remise du bien ou l’existence d’un préjudice ;
- évaluer les conséquences pénales et civiles de l’affaire ;
- accompagner la victime dans sa demande de réparation, notamment lorsqu’elle souhaite obtenir la restitution d’un bien ou l’indemnisation de son préjudice ;
- assister ou représenter son client au cours de la procédure et devant les juridictions compétentes ;
- intervenir dans des échanges ou négociations lorsqu’une restitution ou une solution amiable peut être envisagée, sans préjudice des éventuelles poursuites pénales.
FAQ
L’abus de confiance est-il constitué dès qu’un bien confié n’est pas restitué ?
Non. La seule absence de restitution ne suffit pas nécessairement. L’article 475 suppose notamment un détournement ou une dissipation frauduleuse d’un bien mobilier ayant une valeur économique, remis à condition d’être restitué ou utilisé d’une manière déterminée.
Quelle peine risque l’auteur d’un abus de confiance en Belgique ?
L’abus de confiance est puni d’une peine de niveau 3. Pour une personne physique, celle-ci peut notamment prendre la forme d’un emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans au plus ou, dans les conditions prévues par le Code pénal, d’un traitement sous privation de liberté de plus de deux ans à quatre ans au plus.
Une amende accessoire de 200 à 10 000 euros peut également être prononcée lorsqu’une peine principale de niveau 3 est infligée.
La restitution du bien met-elle fin aux poursuites ?
Non. Restituer le bien ou les fonds ne fait pas automatiquement disparaître une infraction déjà constituée. La restitution peut toutefois être prise en compte dans l’appréciation de la situation et, le cas échéant, lors de la détermination de la peine.
Une victime d’abus de confiance peut-elle demander des dommages et intérêts ?
Oui. En plus de la procédure pénale, la victime peut faire valoir ses droits sur le plan civil afin d’obtenir réparation du préjudice subi. Selon les circonstances, elle peut notamment demander une indemnisation ou la restitution des biens ou fonds concernés.
Quelle différence entre abus de confiance et escroquerie ?
Dans l’abus de confiance, le bien a d’abord été remis volontairement à l’auteur, qui le détourne ensuite ou le dissipe frauduleusement. Dans l’escroquerie, la remise ou l’avantage est obtenu au moyen de procédés frauduleux destinés à tromper la victime.
En pratique, une affaire d’abus de confiance repose largement sur les conditions dans lesquelles le bien a été remis, la preuve de son détournement frauduleux et le préjudice subi. La victime peut agir pour faire reconnaître les faits et obtenir réparation, tandis que la personne mise en cause peut contester les éléments constitutifs de l’infraction.
POINTS CLÉS À RETENIR :
- L’abus de confiance suppose qu’un bien ait d’abord été remis volontairement à l’auteur, à charge de le restituer ou d’en faire un usage déterminé.
- Le détournement ou la dissipation doit être frauduleux et commis au préjudice d’autrui.
- L’infraction est punie d’une peine de niveau 3, qui peut notamment prendre la forme d’un emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans au plus.
- Une amende accessoire de 200 à 10 000 euros peut également être prononcée lorsque la peine principale est de niveau 3.
- La restitution du bien n’efface pas automatiquement l’infraction, même si elle peut être prise en compte par le juge.
- La victime peut demander réparation de son préjudice parallèlement à la procédure pénale.
- Un avocat en droit pénal peut intervenir aussi bien pour la victime que pour la personne mise en cause, notamment pour analyser les faits, organiser les preuves, préparer la procédure et défendre les intérêts de son client.
Articles Sources
- justice.belgium.be - https://justice.belgium.be/fr/themes/securite_et_criminalite/reforme_du_code_penal
- ejustice.just.fgov.be - https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=fr&la=F&cn=2024022909&table_name=loi
- ejustice.just.fgov.be - https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=fr&la=F&cn=2024022910&table_name=loi
- justice.belgium.be - https://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/que_faire_comme/victime/intervenir_dans_la_procedure_en_tant_que_victime
- justice.belgium.be - https://www.justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/que_faire_comme/victime/intervenir_dans_la_procedure_en_tant_que_victime/action
Historique de l’article
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